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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 07:01

Maxime Le Forestier
LES LETTRES
Paroles et musique: Maxime Le Forestier, 1975
 
 
Avril 1912, ma femme, mon amour,
Un an s'est écoulé depuis ce mauvais jour
Où j'ai quitté ma terre.
Je suis parti soldat comme on dit maintenant.
Je reviendrai te voir, d'abord de temps en temps,
Puis pour la vie entière.
Je ne pourrai venir sans doute avant l'été.
Les voyages sont longs quand on les fait à pied.
As-tu sarclé la vigne?
Ne va pas la laisser manger par les chardons.
Le voisin prêtera son cheval aux moissons.
Écris-moi quelques lignes.
 
Hiver 1913, mon mari, mon amour,
Tu ne viens pas souvent, sans doute sont trop courts
Les congés qu'on te donne
Mais je sais que c'est dur, cinquante lieues marchant
Pour passer la journée à travailler aux champs,
Alors, je te pardonne.
Les vieux disent qu'ici, cet hiver sera froid.
Je ne sens pas la force de couper du bois
J'ai demandé au père.
Il en a fait assez pour aller en avril
Mais penses-tu vraiment, toi qui es à la ville,
Que nous aurons la guerre?
 
Août 1914, ma femme, mon amour,
En automne au plus tard, je serai de retour
Pour fêter la victoire.
Nous sommes les plus forts, coupez le blé sans moi.
La vache a fait le veau, attends que je sois là
Pour le vendre à la foire.
Le père se fait vieux, le père est fatigué.
Je couperai le bois, prends soin de sa santé.
Je vais changer d'adresse.
N'écris plus, attends-moi, ma femme, mon amour,
En automne au plus tard je serai de retour
Pour fêter la tendresse.
 
Hiver 1915, mon mari, mon amour,
Le temps était trop long, je suis allée au bourg
Dans la vieille charrette.
Le veau était trop vieux, alors je l'ai vendu
Et j'ai vu le vieux Jacques, et je lui ai rendu
Le reste de nos dettes.
Nous n'avons plus un sou, le père ne marche plus.
Je me débrouillerai, et je saurai de plus
En plus être économe
Mais quand tu rentreras diriger ta maison,
Si nous n'avons plus rien, du moins nous ne devrons
Plus d'argent à personne.
 
Avril 1916, ma femme, mon amour,
Tu es trop généreuse et tu voles au secours
D'un voleur de misères
Bien plus riche que nous. Donne-lui la moitié.
Rendre ce que l'on doit, aujourd'hui, c'est jeter
L'argent au cimetière.
On dit que tout cela pourrait durer longtemps.
La guerre se ferait encore pour deux ans,
Peut-être trois ans même.
Il faut nous préparer à passer tout ce temps.
Tu ne fais rien pour ça, je ne suis pas content,
Ça ne fait rien, je t'aime.
 
Ainsi s'est terminée cette tranche de vie,
Ainsi s'est terminé sur du papier jauni
Cet échange de lettres
Que j'avais découvert au détour d'un été
Sous les tuiles enfuies d'une maison fanée
Au coin d'une fenêtre.
Dites-moi donc pourquoi ça s'est fini si tôt.
Dites-moi donc pourquoi, au village d'en haut,
Repassant en voiture,
Je n'ai pas regardé le monument aux Morts
De peur d'y retrouver, d'un ami jeune encore,
Comme la signature.

 

 

 

 

 

 

 

Un joli témoignage chez ICI

il nous fait partager une histoire et les photos de son grand père


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commentaires

Armide+Pistol 21/03/2011 19:39



Vivement émue par cet échange épistolaire que j'imagine brutalement interrompu au cours d'une attente interminable. Que reste-t-il de tout cet amour, de cette noblesse si bien évoquées par Maxime
Le Forestier ? (que malheureusement, nous n'entendons plus beaucoup).



Armide+Pistol 12/11/2010 22:25



Comme j'aimais cet artiste qui semble être tombé dans les oubliettes. Quel dommage.


Le texte est bien d'actualité.



NicoleNini 14/11/2010 07:13



il doit savourer des jours heureux au calme. Bonne journée



Brunô 12/11/2010 17:04



Des mots de tous les jours pour des êtres entrainés de le tourbillon de l'histoire écrite par d'autres.



NicoleNini 12/11/2010 19:39



longtemps j'ai cru que c'étaient de vraies lettres. Alors la neige est là ??



Michel 11/11/2010 17:27



C'est très beau et au travers de ces vers on retrouve ce que les uns et les autres ont enfoui dans leur mémoire et c'est en ces jours de commémoration que nous devons réveiller nos
mémoires pour ne pas oublier que ce sont tous ses hommes qui ont permis de ne pas aliéner nos LIBERTES.


Belle soirée.


Amitiés de Michel.


http://mickaelsblog.blog50.com/archive/2010/11/11/souvenons-nous-en-cette-journee-du-11-novembre.html



NicoleNini 11/11/2010 18:36



j'ai remis le bon lien merci Bonne soirée



Marité 11/11/2010 14:23



Bel hommage Nini.


Il est des lettres de poilus très poignantes...
BISOUS.



NicoleNini 11/11/2010 18:32



ce soir j'ai déjà vu le film joyeux noel, un moment qui nous montre l'ultra connerie de ces tueries Bon, on se sape pas le moral. Bonne soupe



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